esthétique romanesque des années 1950

2–3 minutes

Sur le fond, Amours funestes propose une série de récits sentimentaux volontairement rétro, directement inspirés des vieux comics romantiques américains des années 50 et 60. Burns y met en scène des histoires d’amour bancales, des couples qui se ratent, des attirances étranges ou des relations minées par le malaise et les non-dits.

Le tout baigne dans une ambiance de faux mélodrame très codifié, où les personnages semblent prisonniers d’émotions artificielles, presque publicitaires. Burns joue constamment avec cette esthétique naïve pour y injecter une ironie discrète, parfois même une légère étrangeté, sans jamais totalement basculer dans l’horreur psychologique ou corporelle qui faisait la force de ses œuvres les plus marquantes.

Amours funestes : le Charles Burns mineur ?

Quand on est un immense admirateur de Charles Burns, il est difficile de ne pas ressortir un peu frustré d’Amours funestes. Non pas que le livre soit mauvais — loin de là — mais parce qu’il donne surtout l’impression d’un auteur en roue libre, presque en exercice de style léger, là où l’on attendait cette plongée trouble et obsessionnelle dont il a le secret.

Il faut dire que Burns place la barre très haut depuis longtemps. Impossible de ne pas comparer ce recueil au velours noir et maladif de Black Hole, cette œuvre monstrueuse où chaque page semblait suinter le malaise adolescent, la solitude et la contamination intérieure. Impossible également d’oublier l’ambition graphique et les expérimentations du triptyque Toxic (Toxic, La Ruche, Calavera), véritable déclaration d’amour déviante à la ligne claire européenne, à Métal Hurlant et aux rêveries psychédéliques. À côté de cela, Amours funestes paraît presque mineur.

Le format, l’objet lui-même, le sentiment d’innovation ou de prise de risque : tout cela semble étonnamment discret ici. Burns conserve évidemment cette patte graphique immédiatement reconnaissable, ce trait clinique et ces visages figés qui ont fait sa légende. Mais le véritable malaise, cette sensation poisseuse et fascinante qu’il savait injecter dans les situations les plus banales, reste étonnamment absent. Le livre ressemble surtout à une tentative d’hommage aux vieux comics sentimentaux américains, avec une ironie douce-amère permanente. C’est parfois élégant, parfois amusant, mais une fois l’exercice identifié, une question finit par revenir : oui… et après ?

C’est probablement le principal reproche que l’on peut adresser à l’ouvrage. On sent davantage l’hommage que la nécessité artistique. Là où Burns nous donnait autrefois l’impression d’ouvrir des portes interdites dans l’inconscient américain, Amours funestes ressemble davantage à une récréation maîtrisée mais relativement sage.

Ce qui reste, malgré tout, c’est ce génie graphique intact. Même dans une œuvre mineure, Burns demeure au-dessus de beaucoup de monde. Une silhouette, un cadrage, un regard perdu dans le vide : il suffit encore de quelques cases pour rappeler pourquoi il est considéré comme un immense auteur.

Mais clairement, ce n’est sans doute pas par Amours funestes qu’il faudrait découvrir Monsieur Burns.

Bla ba la Bing!

scénariste :Charles Burns
dessinateur : idem

Prix : 11 € TTC le volume

Date de sortie : 16 octobre 2025

Pagination : 32 pages

EAN :2811662766

En Résumé

Illustration
Scénario
Impérativité
Rapport qualité prix

Summary

Commencez par poncer « Black Hole », puis enchainez sur « Toxic », puis « dédales ». Quand vraiment il n’y aura plus rien de Monsieur Burns à vous mettre sous la dent, ou si vous êtes complétistes, vous viendrez à Amours funestes. PS: Editions Cornelius: vous faites néanmoins un travail formidable et on vous aime!

2.3

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut