pour lecteurs musclés, fétichistes du papier et nostalgiques des épaules carrées

BATMAN CHRONICLES
1990 Volume 1
Soyons francs : cette intégrale, c’est un peu comme transporter un parpaing élégant. Avec ses 576 pages et sa couverture semi-molle (ni vraiment souple, ni franchement rigide — un peu comme certains scénarios du volume), le bouquin donne l’impression qu’il va s’auto-détruire si vous tentez de le ranger debout. On le lit mieux posé à plat, comme une carte IGN ou une incantation occulte.
Le contenu ? Intéressant, mais à manier avec précaution si vous n’êtes pas un fan hardcore. L’imagerie est typiquement fin 80s/début 90s : Batman y a des mâchoires carrées, des regards durs et des poses dramatiques sous la pluie. Jim Aparo, à lui seul, résume toute une époque où les ombres portaient des épaulettes. Pour les amateurs de rétro, c’est un bonheur. Pour les autres… on fronce parfois un sourcil, surtout quand Batman passe trois épisodes à être menacé par des pigeons téléguidés dans un arc poussif avec le Pingouin. Oui, des pigeons téléguidés. Et non, ce n’est pas une blague.
Marv Wolfman livre une copie propre, souvent intéressante, notamment quand il explore le Batman mentor et détective. Mais l’ensemble reste assez classique, voire académique : on sent que l’homme est plus à l’aise chez Superman. Les arcs en URSS manquent d’un petit quelque chose, comme si on avait demandé à Hercule Poirot de faire du Jason Bourne sans le budget. Heureusement, l’ami Peter Milligan vient secouer tout ça avec une dose de bizarrerie gothique et de Sphinx satanique : ça ne fait pas toujours sens, mais ça ne s’oublie pas.
Et pourtant, entre deux coups de cape dramatiques, on sent qu’on approche de quelque chose. Le retour du Joker dans la série régulière, après les traumatismes de A Death in the Family et The Killing Joke, annonce une nouvelle tonalité, plus grinçante, plus sinueuse. Les atermoiements de Bruce, les piques d’un Alfred en pleine forme cynique, ces petits dialogues qui deviendront des classiques dans les années 90, posent ici leurs premières pierres. On est à la croisée des chemins, dans une phase de transition où la série hésite encore à s’engager pleinement dans l’âge adulte. Mais les balbutiements sont là, presque touchants dans leur prudence, comme si Gotham apprenait à parler une nouvelle langue. Et c’est précisément ce qui rend ce volume, malgré ses maladresses, précieux.
Et puisqu’on parle de pépites, impossible de ne pas saluer l’Annual #14, petite merveille d’écriture où un Andrew Helfer (inconnu au bataillon pour moi, mais manifestement très en forme ce jour-là) signe un script solide aux dialogues ciselés, porté par un Chris Sprouse encore jeune mais déjà très Sprouse dans le trait, net, expressif, précis. L’épisode retrace une énième version des origines de Double-Face, certes, mais ici, c’est du niveau Year One : une relecture dense, sérieuse, presque clinique, avec moult détails bienvenus pour les fans du personnage, sans sombrer dans le bavard ou le redondant. Une vraie réussite dans l’ensemble — et une excellente façon de refermer le volume sur une note haute.
scénariste : Collectif
dessinateur : Collectif
traducteurs : Yann Graf, Jérôme Wicky
Prix : 40,00€ TTC
Date de sortie : 28 mars 2025
Pagination : 576 pages
EAN : 9791026819912
Contenu vo : Batman #443-457 + Batman Annual #14 + Secret origins #50 + Secret Origins of the World’s Greatest Super-Heroes TPB + Batman:Bride of the Demon

